Auteur(e)s : Louise Morand, enseignante et Alice-Anne Rannou, Fondation Monique-Fitz-Back

Photo : Josée Pépin, Défi Ouvre ta porte
Présentation

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours été intéressée par la nature et le monde vivant. Quand j’étais enfant, j’ai eu la chance de faire du camping avec ma famille et c’est resté un besoin chez moi d’avoir accès à la nature. Pour le plaisir de marcher en forêt, me baigner dans un lac ou une rivière, pique-niquer, respirer l’air qui sent bon, écouter le chant des oiseaux, et peut-être plus que tout, pour contempler la beauté du monde qui nous entoure. C’est quelque chose que je considère essentiel à ma santé et mon bien-être physique et psychologique.
Avant de devenir enseignante, j’ai été musicologue et recherchiste à Radio-Canada. Par la suite, après mes études en enseignement de la musique et mes premières années au primaire, j’ai fait un doctorat et je suis devenue chercheuse en éducation. Depuis plusieurs années, mes intérêts de recherche concernent la lutte au changement climatique et l’éducation à l’environnement.
C’est ce parcours de recherche et mon implication au sein de groupes qui militent pour la transition écologique qui m’a amenée à vouloir sensibiliser le milieu scolaire aux crises environnementale et climatique que nous traversons. Partager cet amour de la nature, ouvrir les yeux sur ce qui nous fait vivre, un peu comme on partage une compétence musicale, c’est une motivation qui a orienté ma façon d’enseigner la musique.
Pouvez-vous nous décrire l’outil que vous avez créé pour les enseignant·es de musique au primaire ?
J’ai enseigné la musique au primaire pendant 24 ans. Je connais l’horaire chargé des enseignant.es. Je connais aussi l’intérêt de plusieurs pour l’éducation à l’environnement. Mais le temps manque trop souvent pour rechercher et adapter des nouveaux contenus. J’ai donc voulu réunir au sein d’une même publication des informations et des récits sur les enjeux environnementaux, des idées d’activités pédagogiques, la description des démarches et tout le matériel nécessaire à fournir aux élèves pour réaliser les activités; comme les paroles des chansons, les fiches d’audition ou de composition, les feuilles d’information à distribuer, etc.

Ma formation initiale en musicologie m’a amenée à voir la musique comme un élément d’intégration sociale et culturelle. La musique n’est pas un objet à transmettre mais une activité à mener dans nos communautés, avec les enfants, pour célébrer, donner du courage, se sentir unis, s’amuser en groupe, s’informer et s’exprimer. D’où le titre que j’ai donné au recueil : « Musiquer » pour la planète. Musiquer est un verbe actif. Donc, pour être capable de bien musiquer, il faut s’exercer, apprendre les codes, découvrir et comprendre les œuvres d’autres artistes, développer notre créativité, s’ouvrir à la culture musicale d’ici et d’ailleurs. C’est le but de l’éducation musicale et ça reste l’essentiel du contenu du présent recueil.
L’approche un peu particulière que j’ai développée dans ma pratique avec les jeunes, c’est de mettre ce savoir-faire et cette culture musicale le plus possible en relation avec la découverte et la protection du monde vivant, plus particulièrement, dans le présent guide, les arbres et la forêt. Dans l’introduction de l’ouvrage, je parle de la pratique d’un art engagé à l’école. Ça reste vrai, mais je pense que, plus largement, il s’agit d’éducation à l’environnement menée de manière transversale à travers l’éducation musicale.
Que retrouve-t-on dans votre guide ?
Dans ce guide, les enseignant.es sont invité.es à découvrir un répertoire de chansons, d’œuvres à interpréter et écouter, de jeux et d’exercices de composition sur le thème des arbres et de la forêt. Ils pourront s’approprier les démarches pédagogiques et les différents récits et informations scientifiques concernant les arbres et les forêts pour nourrir les conversations en classe. Ils pourront également découvrir des ressources pour mener des projets de plantations d’arbres et d’autres initiatives pour la protection des arbres et de la forêt sur leur territoire.
Lien vers le guide de Louise Morand : Musiquer pour la planète : Nos frères les arbres, nos mères les forêts

Pouvez-vous nous partager une activité ou une idée que l’on retrouve dans ce guide ?
Une idée très simple et fondamentale de l’approche que je décris dans ce guide est de choisir un répertoire musical qui soit propice pour susciter des conversations sur l’environnement en classe avec les élèves.

Par exemple la chanson À l’ombre du grand Bill, mise en musique par le groupe Les Cowboys Fringants, m’a amenée à parler avec les groupes de 3e cycle de l’épidémie de l’agrile du frêne qui détruit présentement cette espèce d’arbre en Amérique du Nord. Les élèves ont été curieux de voir l’insecte. J’ai présenté des images trouvées sur internet et nous avons observé les traces que l’insecte laisse sur l’arbre. Puis nous avons parlé des arbres qu’on retrouve dans le parc de l’école. Il y avait là des frênes attaqués. Les élèves ont pu aller les observer. Quand les jeunes interprètent ensuite cette chanson en spectacle à la fin de l’année, elle a acquis un sens nouveau, plus riche et plus connecté à une émotion vécue. Une émotion qui peut-être pourra amener des jeunes à se dédier plus tard à développer des traitements pour vaincre les épidémies qui affectent les arbres.
Qu’est-ce qui vous a amenée à créer ce guide ? Pourquoi vous semble-t-il important ?
Le matériel pédagogique qui est disponible présentement en éducation musicale pour le primaire me semble très déconnecté de la culture vivante, de la diversité et de la richesse des pratiques musicales contemporaines. D’après ce que j’ai constaté sur le terrain, la musique à l’école est très orientée vers le commerce, la culture pop. On semble oublier que les arts ont toujours été des moteurs de changement dans les sociétés, à toutes les époques. On peut penser au rôle fondamental qu’ont joué les arts dans la diffusion du courant humaniste à la Renaissance ou, plus près de nous, aux artistes du Refus Global qui ont amené la Modernité au Québec.

Nous vivons une époque charnière de l’Histoire. Pour la toute première fois depuis les débuts de l’humanité, l’ampleur des destructions perpétrées sur les milieux naturels à travers le monde et le réchauffement climatique menacent notre survie en tant qu’espèce et celle de toutes les espèces vivantes.
Plus de 80% de la population vit maintenant en milieu urbain. De plus en plus d’enfants n’ont que peu ou aucun contacte avec la nature. Il est donc plus que jamais important de trouver des moyens pour se reconnecter avec le milieu naturel. Il faut apprendre à voir, à connaitre, à aimer les milieux naturels, les arbres et les forêts, si on veut parvenir à transformer la culture de consommation actuelle en une culture de protection des conditions essentielles à la vie.
L’éducation artistique se prête bien à cette mission parce que les arts véhiculent des messages. Mais aussi parce que l’art peut prendre toutes sortes de formes. Nous ne sommes pas contraints de répéter toujours le même modèle, la même pratique. C’est un autre aspect important qui m’a poussé à écrire ce recueil. La pratique musicale est infiniment plus riche et diversifiée que ce que nous laisse entendre les médias de masse. Il existe un trésor de répertoire concernant la nature, les arbres et la forêt qu’on peut intégrer à la culture scolaire de toutes sortes de façons en exerçant notre créativité. J’ai voulu ouvrir une fenêtre vers cette diversité et transmettre des idées d’activités et des récits qui inspirent le virage vers la protection des arbres et des forêts.
Selon vous, quel rôle la musique peut-elle jouer dans la compréhension de la nature et dans le développement d’un lien avec celle-ci ?

La musique est une forme d’expression particulière, connectée à la dynamique des émotions. Elle peut amplifier les émotions et donner plus d’intensité à un message ou une idée qu’on voudrait exprimer. Que ce soit pour célébrer la beauté, exprimer un espoir, une volonté ou une solidarité. C’est un art de la scène, donc elle s’adresse le plus souvent à des groupes. Cet aspect collectif de la pratique musicale est important parce qu’il contribue à l’effet d’« empowerment ». Il y a une énergie qu’on ressent lorsque nous sommes une foule à se rencontrer et à communiquer à travers la musique. Il y a une sorte de ferveur contagieuse lorsque les jeunes chantent pour la protection des milieux naturels, des arbres et des forêts. Je dis contagieuse parce que les parents et enseignants qui assistent aux concerts sont eux aussi touchés par le message environnementaliste.
Le fait de musiquer pour les arbres et la forêt ne remplacera jamais l’expérience des bienfaits qu’apporte un séjour en forêt, mais je pense que ça peut contribuer à ouvrir les yeux, sensibiliser, faire connaitre, et peut-être donner le goût de se rapprocher et d’agir pour protéger ces grandes plantes extraordinaires et toute la biodiversité qu’elles abritent. La beauté des voix et de la musique permet d’ouvrir les oreilles et les cœurs, de concentrer l’attention. Je pense que c’est une source d’espoir et de détermination pour l’action collective en faveur de la protection de nos ressources naturelles et nos territoires.
Quels effets avez-vous observés chez vos élèves en abordant des thématiques environnementales à travers la musique?
La curiosité des enfants et leur intérêt pour le monde vivant comptent parmi les aspects qui m’ont le plus fascinée dans mon travail. Les enfants ont un désir insatiable de connaître le monde qui les entoure. Lors de nos discussions en classe sur une problématique environnementale inspirée d’une chanson ou d’une œuvre instrumentale, il m’est arrivé souvent de devoir mettre fin aux échanges et promettre de poursuivre la discussion lors d’une prochaine rencontre afin de pouvoir aborder le reste de mon plan de cours. Les enfants comprennent les problèmes environnementaux. Ils sont contents de connaitre les pistes de solutions, de s’exprimer et d’agir pour le changement.
J’ai observé une immense fierté chez des jeunes qui ont participé à l’écriture et à l’interprétation vocale et instrumentale de chansons engagées pour la protection de l’environnement. Les plus jeunes sont extrêmement empathiques et ouverts à la beauté et aux bienfaits que procure la nature. Le fait de « musiquer » pour la planète est une source de motivation. Surtout lorsqu’il s’agit de participer à un événement en dehors des murs de l’école, comme d’aller chanter dans un festival ou lors d’un rassemblement pour le Jour de la Terre. Il y a beaucoup de gratitude également de la part des parents qui réalisent que le milieu de l’éducation s’implique pour protéger la santé et l’avenir de leurs enfants.
Pistes pour vivre des activités de musique à l’extérieur :
Transposer les activités en plein air
Plusieurs activités musicales présentées dans le guide de Louise Morand peuvent être vécues à l’extérieur. Cela permet de renforcer la connexion des élèves avec le vivant et d’ancrer les apprentissages dans un environnement riche et inspirant.
Chanter en plein air
Sortir les instruments et chanter dans un parc, la cour d’école ou un boisé. La musique devient alors un moyen de se relier à la nature et de la partager avec la communauté.
Mur musical extérieur
Installer un mur musical dans la cour ou en milieu naturel (casseroles, tubes, bois, objets recyclés). Les élèves peuvent y improviser, explorer les sons ou interpréter des pièces à l’extérieur.
Composer pour la nature
En collaboration avec l’enseignant·e de français ou d’anglais, écrire une chanson inspirée de la nature, y ajouter un rythme et l’interpréter à l’extérieur.
Mélodies naturelles
Donner comme défi aux élèves de créer une mélodie en utilisant uniquement des éléments trouvés dans la nature (branches, feuilles, pierres, eau…). Une invitation à écouter autrement ce qui nous entoure.
Percussions en plein air
Utiliser des chaudières, des bâtons ou des objets du quotidien pour explorer les sons et les rythmes dans différents environnements (cour, forêt, bord de l’eau, etc.).
Construire des instruments naturels
Fabriquer des instruments à partir de matériaux naturels (coquillages, bois, glands, etc.) : carillons, maracas, flûtes simples, castagnettes… Explorer aussi les sons produits par certaines plantes (pissenlit, silène enflé, herbes, etc.).
Musique avec l’eau
Créer un carillon d’eau avec des pots en verre remplis à différents niveaux. Observer et écouter les variations de sons selon la quantité d’eau. Inventer une mélodie en équipe.









